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Devenir Paysage

Topologies

Être l’île, la frange et l’habité

N.A! Projetcs, Brunstatt 2020

Sur une idée de Béatrice Darmagnac collaboration avec le Collectif DF*pour la réalisation.

Topologies est une invitation à conscientiser les divers niveaux d’entendement d’un espace dans sa dimension spatiale, symbolique, politique, sociale, imaginaire et physique, afin de le transformer en paysage. Je propose de localiser, matérialiser avec peu, un espace poétique topologique, où l’on deviendra successivement frange , île et habité . Un espace où la structure accumulative (pièce) permet de révéler de nouvelles réalités. Un topos où l’on expérimente notre appartenance au monde par l’étude et la définition du lieu1 : la topologie. La topologie peut être une notion mathématique :


« Le concept central en topologie est la notion de limite . Prenons l’exemple d’une surface fermée, un disque par exemple. D’un strict point de vue ensembliste, il y a les points qui sont dans le disque et c eux qui ne sont pas dedans. Pourtant, ce point de vue n’est pas satisfaisant géométriquement. Les points qui sont sur le cercle délimitant le disque ont un statut particulier, ils sont à la limite. D’ailleurs, dans la défin ition d’un disque, on a un choix à faire : considère – t – on l’ensemble des points dont la distance au centre est inférieure ou égale au rayon ou considère – t – on l’ensemble des points dont la distance au centre est strictement inférieure au rayon ? Dans le premier cas, on dit que le disque es t fermé, dans le second cas, on dira que le disque est ouvert. Plus généralement, on dira qu’une surface est fermée lorsqu’elle contient tous ses points limites . On dira qu’une surface est ouverte si pour chacun de ses points il existe un disque centré en ce point qui est inclus dans cette surface. » 2

La topologie peut être littéraire : La topologie littéraire étudie les ressorts fréquents, nommés topoï, comme la scène de la première rencontre amoureuse, la déclaration d’amour, le récit de la naissance dans une autobiographie, le jardin fermé (hortus conclusus) ou ouvert, ou l’anagnorisis : révélation finale d’un lien de parenté entre des personnages (comme dans Œdipe ), etc…

La poétisation de la topologie sera pour moi l’occasion de questionner l’idée de limite des mondes, comme la définition du centre du monde, en jouant avec des topoï qui pourront faire « lieux communs » et poser la question qui me taraude : doit-on demeurer dans un l’anthropocentrisme ou proposer une nouvelle cosmologie ?

Volet 1
Observatoire d’aggradations

La pièce se « situe » dans la frange. De là, si l’on pivote, nous avons un point de vue global : sur la société constructiviste, à l’opposé, sur l’inmaîtrisé ; sur l’Eukoumène et l’Erême nous dirait Augustin Berque, le lieu des hommes et le lieu de l’inhabité. Je choisis de parler de là où il est possible d’être dans la limite et/ou la continuité transitionnelle des ensembles paysagers et biologiques. La lisière est la topologie de la conquête , espace que l’on repousse toujours plus loin et qui signale la limite des dangers. La lisière est aussi le lieu du renoncement . C’est le lieu de l’arrêt de l’ambition de maîtrise de l’espace, où le mot d’ordre chrétien de la fertilisation de la terre par la main de l’homme ne s’applique plus. Nous pouvons voir encore aujourd’hui que le désir de conquête n’épargne aucun espace (sanctuaire amazonien), et que le retrait, le repentir spatial humain, est toujours conquis par le règne animal et végétal, à nouveau (Tchernobyl, Ha-Shima, Detroit…). La frange, est la jonction inclusive des statuts spatiaux, un lieu qui dépend un peu des deux états, dans un chaos structurel et d’ordre épars. Il existe une sorte de valse des espaces conquis entre l’homme, et le reste du vivant. La frange est le lieu de la lutte. Des établissements éphémères. Cette limite n’est jamais définitive.

Mais ce peut être le lieu de notre possible transition. La lisière est le siège possible de l’observation des mondes qui se bordent. Cela peut être la localisation, le cadre, de théorèmes poétiques des valeurs intermédiaires, de l’intervalle, comme nous le propose la topologie mathématique. De la considération philosophique par l’appréhension du paysage. De la fin de l’anthropocentrisme ?

L’Observatoire d’aggradations topologiques

Je propose de réaliser un espace Observatoire comme il pourrait il y en avoir dans les réserves naturelles. Ou bien le fameux point de vue dans les grands sites naturels et culturels.

Cette pièce sera la convocation des topologies géographiques et mathématiques et poétisera les concepts de voisinage et d’ intervalle .
Cette pièce est un cadrage qui enclenche, par ce fait, la transformation de l’espace en un paysage . Par cette découpe visuelle, il est possible d’aborder les concepts d’ insularité , et de presque insulaire, de lisière et d’ habité , comme dans le choix de représentation cadrée d’un tableau, ou d’une carte postale. Etablir un paysage c’est être en médiance avec son environnement. Je propose une pièce-tremplin poétique, philosophique, politique et sociale, car le paysage est différents niveaux d’entendements. Par extension, c’est l’appropriation des facultés de destructions ou de conservation, de renoncement à la conquête spatiale ou sa mise en place. C’est un positionnement. L’Observatoire d’aggradation topologique propose d’établir des paysages et d’entrée en contact avec eux. D’aider à ce choix.

Je propose un lieu de contemplation de l’éphémère du monde et du cyclique rejoué, changeant. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve». Par cette pensée Héraclite nous invite à considérer le monde en perpétuel mouvement. Et ces mouvements sont naturels ou de civilisation, créant des aggradations, des accumulations constructives, qui édifient des îles et des forêts, ou bien des bâtiments et des jardins. L’Observatoire sera un lieu de conceptualisation. Depuis la frange, depuis le milieu, afin de tenter de définir une nouvelle cosmogonie qui pourrait s’inspirer des espaces considérés par le Dao , concept asiatique topologique, qui invite à être centre et fa ire partie d’un tout . Modifier l’approche européenne de nature, construite par le christianisme puis le cartésianisme, est difficile, mais il est urgent de replacer l’humain comme élément dépendant de son environnement et non comme maître des espaces et du vivant.
Pour cela je propose une pièce composée d’éléments agencés avec du vivant. Constitué de câbles et de végétaux grimpants, je constitue un volume qui formalisera l’observatoire topologique.