
El Santo, 2025
Fougères, pied de sauge mort, mousses et lichens, masque de lutte libre du personnage El Santo, Le Saint.
Lumière artificielle, théâtralité.
Nature, sacré et combat
Production BAM Projects Bordeaux, scénographie Bel Ordinaire et La Route du son à Pau
@beatricedarmagnac
Mes mots…
Chercher. Révéler. Sculpter.
Voici les trois mots qui peuvent me définir.
Née dans une ville où nature, sacré, réels et fantasmes se côtoient, mon rapport à la révélation était jouée dès mes premières années de vie : Lourdes.
Sorte de pays incarnant le réalisme magique que je découvrirais plus tard en littérature, ou par le biais de différentes expressions artistiques, ma relation au monde est stratifiée : elle est de l’ordre de la vénération au vivant, à la matière informée, à la lumière et l’énergie, à la croyance.
L’art, les neurosciences, l’agriculture, la technologie ou son abandon, ses échecs, sont mes points d’encrages.
D’ailleurs, chacune de ces disciplines interrogent à leur niveau d’entendement le vivant, la matière, la lumière et l’énergie. Les croyances.
Elles me permettent de proposer des liens, des logiques nouvelles, de l’Humanité à son environnement, à sa construction intime d’une cosmogonie contemporaine non exclusive, et constater des défaillances.
Alors, je m’empare de tout, tous moyens, toutes matérialités, tous médiums, pour donner un statut à tout ce qui me semble précieux. Créer des réparations parfois.
Ou constater mon impuissance.

Forever, 2025
écorce de cerisier sauvage arrachée, écriture.
Trace d’une déclaration d’amour au-delà du temps et de l’espace pour le vivant, niée
Production BAM Projects Bordeaux
@beatricedarmagnac
Quelques mots…
« J’ai connu Béatrice Darmagnac lors de son diplôme en 2010 sanctionnant avec félicitations du jury cinq années d’études à l’ESAD des Pyrénées ( École Supérieure d’Art et de Design des Pyrénées, Pau-Tarbes).
Pour l’occasion elle réalisa un geste invisible et subversif qui amorça d’ailleurs une des premières réflexions artistiques sur le post-anthropocène…alors même que la définition de l’ère de l’influence anthropique était encore en débat dans les milieux scientifiques spécialisés.
Deux visions dominantes du post-anthropocène s’affrontaient alors et aujourd’hui encore.
Mais le scénario que défendait Béatrice Darmagnac à l’époque, était celui du cataclysme environnemental, selon lequel le changement climatique et les catastrophes physico-chimiques allaient rendre la planète non-habitable.
Pour son DNSEP, elle sema des graines pyrophytes un peu partout dans le monde. Et encore aujourd’hui, à chaque fois qu’elle se déplace dans des friches, des zones habitées ou des espaces de prestige pour qu’après la catastrophe ( une explosion nucléaire ? l’embrasement des terres par le feu, par la chaleur ?) ces graines aux propriétés résilientes se mettent à pousser. Afin que la vie reprenne son cours…sans nous.
Les pyrophytes ont en effet la particularité de se « réveiller » qu’après une agression thermique puissante!
Cette œuvre / concept conçue pour son diplôme figure donc comme un « statement ». Comme l’axe central d’une démarche qui interroge principalement la relation prédatrice que l’homme entretien à son environnement. Un mouvement qui la conduit de l’environnement au paysage qu’elle définit comme un système où des existences différentes mais symbiotiques cohabitent.
Ce paysage qu’elle investit est donc à la fois réel, mental, mythologique et physique. Depuis lors l’artiste œuvre sur le terrain, au cours de performances, d’installations immersives et in situ, dans des lieux dédiés, ramenant la dimension paysagère dans l’espace bâtit. Travaillant sans relâche, à l’appui d’une recherche universitaire, sur la question du paysage, de sa perception et de sa représentation, en mêlant le naturel et l’artificiel.
Extrait de lettre de Magali Gentet, directrice du CNAC Le Parvis, Ibos, 2024
« I met Béatrice Darmagnac when she was graduated in 2010 and congratulated by the jury on five years of study at the ESAD des Pyrénées (Higher School of Art and Design of the Pyrenees, Pau-Tarbes).
For the occasion she made an invisible and subversive gesture that began one of the first artistic reflections on the post-anthropocene… even though the definition of the era of anthropogenic influence was still being debated in specialized scientific circles.Two dominant visions of the post-Anthropocene clashed then and even today.But the scenario that Beatrice Darmagnac defended at the time was that of the environmental cataclysm, according to which climate change and physical-chemical disasters would render the planet unhabitable.
For her DNSEP, she sown pyrophyte seeds all over the world. And even today, every time it moves in wastelands, inhabited areas or prestigious spaces so that after the disaster (a nuclear explosion? the burning of the land by fire, by heat?) these seeds with properties resilient people are starting to grow. So that life can resume its course… without us. The pyrophytes have the peculiarity of « waking up » only after a powerful thermal aggression !
This work/concept designed for his diploma is therefore listed as a « statement ». As the central axis of an approach that mainly questions the predatory relationship that man maintains to his environment. A movement that leads it from the environment to the landscape that it defines as a system where different but symbiotic existences coexist. This landscape she invests is therefore at once real, mental, mythological and physical. Since then the artist has been working in the field, during performances, immersive installations and in situ, in dedicated places, bringing the landscape dimension back into the built space. Working tirelessly, in support of academic research, on the question of landscape, its perception and its representation, mixing the natural and the artificial.
Excerpt from Magali Gentet’s letter, director of the CNAC Le Parvis, Ibos, 2024.

Photographie issue de la série Jeu d’absence. Paradeïsos, cistus sérotonie, 2010-2026
villa en construction, graines pyrophytes dissimulées, catastrophe latente,
Production 2012 Galerie Omnibus
@beatricedarmagnac aka Blast#seed

Cartel Jeu d’absence. Paradeïsos, cistus sérotonie, 2013-2026,
@beatricedarmagnac aka Blast#seed
» J’ai choisi les graines pyrophytes pour leur splendeur et leur panache.
Ces graines ne peuvent éclore, lever leur dormance, uniquement dans le cas où elles rencontrent les conditions favorables à leur germination : elles doivent être soumises aux acidités de fumées, ou bien à des explosions scarifiant la coque de la graine, ou bien encore à de très hautes températures qui craquelleront la protection du germe…
Je sème ces graines dans des bâtiments de prestige, architectures magnifiant la maitrise des techniques de l’Homme, ou dans des chantiers de constructions de maisons familiales, lieux de l’établissement de l’expansion humaine, et de tout ce qui découle de l’impérialisme sur l’environnement.
Je dépose les pyrophytes, les graines des plantes qui aiment le feu, dans des anfractuosités ou des éléments creux (moellons) pour les protéger.
Puis, je fais confiance à l’homme et à la nature pour leur donner, un jour, même lointain, les conditions de la levée de leur dormance.
Car la catastrophe est latente. Et je la redoute comme vous.
Alors, je crée un jardin, invisible aujourd’hui, qui émergera de catastrophes futures.
Plus qu’un marquage de mes déplacements inspirés des pratiques de tags et de conquête de territoire du post-graffiti, ainsi que de l’urbex que j’ai beaucoup pratiqué, ce geste est celui du renoncement en un avenir enchanté.
Mais, j’ai agis pour en créer un nouveau. «
B.D
Plusieurs questions ici :
la relation de l’homme à son environnement, l’anticipation, l’action directe, le temps de la réception de l’œuvre d’art, la désynchronisation, la latence, le territoire, la signature, l’existence de l’œuvre et sa temporalité….

Photographie d’installation Precious, 2025
Bois, champignons, chaînes de brillants
Production 2025 Galerie BAM PROJECTS
Résidence de recherches
@beatricedarmagnac
Démarche résumée
« Je ne peux pas me résigner à regarder la maison brûler… sans jeter une céramique dedans, ou savoir qu’un jardin fleurira de mon geste de semeuse, dans ce chaos latent 🙂 «
B.D 2022
Pour Béatrice Darmagnac il est important de construire une nouvelle cosmogonie, de révéler le nouvel espace protéiforme dans lequel nous errons, que, bien souvent, nous subissons dans ses dérèglements.
Il est toujours question de la relation de l’homme à son environnement, naturel et artificiel avec lequel il est en écho, positif ou négatif. Acteur ou victime.
On pourra croiser dans son travail la prise en compte de la désynchronisation biologique des écosystèmes ou désynchronisation paysagère, de paysages fantômes qui résistent dans nos mémoires à leurs disparitions physiques, de paysages capitalistes conditionnant la servitude des espaces et des hommes, de Genius Locci ancestraux, de planète inéchangeable, de plantes pionnières et friches mentales, comme de la manipulation des pensées paysagères et du complotisme climatique, etc… Mais aussi d’actions de terrain engagées pour le vivant et la construction d’un futur possible pour les nouvelles générations.
Des installations, des performances, vidéos ou desseins réels sont ses outils pour une déclaration profonde à l’Humain. Pour la biodiversité, elle pollinise les fleurs par toc depuis l’enfance, crée des mares, dupliquent des espèces adaptées à son milieu ou plante un jardin invisible dans sa pratique « street art » de semeuse post-graffiti. (Cf l’œuvre Jeu d’absence ci-dessous)
Elle définit aujourd’hui le paysage comme PHYGITAL, terme issu de l’économie bancaire, c’est-à-dire physique et digital, comme poreux, entre ces deux notions. Matériel et numérique. Vivant et codable. Précieux et à valeur marchande.
Considéré par beaucoup comme monnayable et exploitable, rejetant toujours plus loin le wilderness.
C’est plus qu’un inconfort éthique pour cette artiste.
Plusieurs projets à longs termes la mobilisent.
Climate miracle lui permet d’interroger le phygital et tous les aspects oubliés du paysage sculpté par les nouvelles industries de la tech pour l’extraction de minerais ou le stockage des données dans des mégas structures, l’épuisement des ressources en eau et leur répartition industries/agricole/humain/biodiversité.
Béatrice, dans son projet de Covitalisme et d’Ecovention, met l’humain face à la théorie du jeu et du fonctionnement du gaming, face à son désir de conquête ou de renoncement, à ses choix cruciaux contemporains : faut-il continuer à jouer avec le feu ? Jouer avec le vivant, dépendant du numérique?
Mais elle fait la proposition de reprendre le pouvoir par des actions de terrain par des micros actions en réseau réels.
De l’héritage des landartistes, de Robert Smithson en particulier, elle propose après les sites et non-sites, les IN-SITES, paysages mémoriels hybrides composés de toutes nos réalités intimes ou collectives.
La transmission de cette notion de paysage mental, de pensée paysagère définit par Augustin Berque à l’aide des notions d’écoumène, de mésologie, de géoculture, font écho à la pensée intuitive de Robert Smithson sur le paysage-pensée.
La recherche de Béatrice consiste en la définition de ce concept en temps qu’espace, de temporalité et peut-être de matérialité, éléments à investir en tant que sculpteur.
C’est pour cela qu’elle regarde du côté des neurosciences pour travailler, de la linguistique, cherchant le meilleur biais de l’acte de sculpture. Des mots parlés ou écrits, du son ? Des images ?
Lumières, matières, espaces, temporalités. Ils contiennent déjà en eux la promesse d’un paysage, d’une relation neuroesthétique à ses mondes.
Texte issu de la présentation documentaire pour l’exposition campagne 2026, Atelier 20, commissariat Emmanuelle Hirsh

Endorphine, 2010
Série Neuroesthétiques
Où comment, un Neandertal et nous, expérimentons identiquement le paysage à travers le temps.
@beatricedarmagnac
Béatrice Darmagnac est une artiste multidisciplinaire, qui vit et travaille dans le sud-ouest de la France.
Dans le laboratoire sauvage créé avec le collectif studio_df_artdesign, ielles expérimentent et construisent un site-écosystème depuis 2022.
Ce lieu est le site de la réunion des travaux passés, des matériaux upcyclés, le résultats des analyses de terrains depuis 2010 sur différents terrains-habitations, et surtout le chantier des recherches en cours.

Quelques pièces
Caprices





Caprices, Maignaut-Tauzia, 2021
Photographies documentaires d’installation,
gabions, paysage imaginaires de ruines, ruines enfouies, mémoire collective
60m2
Créer du volume en étant à la limite de la matérialité. Jouer avec l’inframince, mais matériel, du souvenir.
@beatricedarmagnac

Caprices, Omnibus, 2022
Duo d’artistes
Aline Part/Béatrice Darmagnac
Photographies documentaires d’installation,
30m2
Créer du volume en étant à la limite de la matérialité. Faire écho à Aline et ses photographies.
Parler de paysage.
@beatricedarmagnac
Climate miracle
L’Hectare

L’Hectare mesure un hectare : projet d’art total en construction depuis 2011.
Principe : laisser faire, laisser s’ensauvager une forêt issue d’une exploitation monoculture de pins.
Une opposition à l’économie capitaliste exploitante, par la gloire de la liberté du vivant.
Portées par les vents, ou resurgissant des sols, des végétaux spontanés surgissent.
Le profil depuis 2011 évolue librement. Fréquent aujourd’hui, cette démarche a marqué un début au laisser exister et au statut de préciosité dans mon travail.
Production @studiodf_artdesign
Intramount

Intramount, I.M.P. Company (Images Mémorielles Projectives Company), 2022
Création graphique,
impression dibond 60 x 60
Inspiré du logo Paramount, siège du média images, Intramount sollicite l’image intime ou collective mémorielle de ce qu’est, dans votre esprit, une montagne.
Issue de la recherche INSITE, Insight
@beatricedarmagnac
« L’homme dans sa double structure créatrice, est […] à la fois plastique et plasticien.»
« Man in his dual creative structure is […] both plastic and plastician.»[1]
Joseph Beuys
Jardin de résilience

Jardin de résilience, 2013
Photographie documentaire d’installation In Situ,
Motif de faille, pelouse pavillonnaire défoncée, vent, oiseaux, migrations, plantes pionnières, capteurs mouvements et hygrométrie, données internet, modulations .
Sculpture évolutive physique 4000 x 100 x 6000 cm, et virtuelle
en collaboration avec l’association Blackbirds Montpellier.
Production 7e Rencontres Arts et Paysages,
Existence physique et virtuelle, chronologique et antéchronologique, jusqu’à anéantissement (internet) et effacement de fin d’exposition.
Première œuvre phygitale avant que je ne le conceptualise : actions physiques influençant l’internet. Aujourd’hui je m’intéresse au chemin inverse dans Climate Miracle.
@beatricedarmagnac
Vue rapide et ambiance




































































Mes 30 mots favoris
Créer, poïétique des matériaux, rêve, sculpter, famille, biocentrisme, neuroesthétique, biophylie, dialectique, inframince, vivant, lumière, mnésique, énergie, freak, espace solide, grille, chercher, environnement, ruinisme, projection, réaliser, écoute, phygital, mouvement, échec, futur, combat, dessein.
le mot des autres

Lettre de Jean-François Dumont, directeur général de l’ESAD des Pyrénées Tarbes/Pau
Direction Galerie Marion Meyer.
Révélation 2.0
Camille Prunet
Dans son œuvre, Béatrice Darmagnac travaille la révélation. Ainsi peut-on y voir : des canoës et un catamaran accrochés à un ponton dans une vallée gersoise, rappelant son immersion passée et à venir potentiellement (En attendant la mer, 2016) ; une peinture murale comparant l’enregistrement par la NASA du premier tremblement de terre martien à celui de la formation des montagnes, qui dit bien l’inclusion de l’univers dans nos représentations terrestres et le désir de conquête (Mars Quake First Sign, 2020) ; une image de fond de casserole, ironiquement intitulée « Lecture de marc de café, voyage en Chine imminent » (2014), etc.



On observe dans ce travail ni matériaux fétiches, ni techniques privilégiées, ni motifs ou couleurs affectionnés qui vaudraient signatures. Cette variabilité s’explique en partie par l’utilisation dans les œuvres de matières naturelles, géo-sourcées ou encore upcyclées. Il n’existe pas non plus un sujet, une thématique au sein de laquelle confortablement caler les pratiques et les gestes de cette artiste. La révélation n’appartient à aucun de ces registres. Elle consiste ici en une polyphonie associant, tout ensemble ou tour à tour, l’apparition d’une image, la mise en évidence d’éléments cachés qui sont portés à notre connaissance, ou encore la création d’un phénomène permettant de saisir une réalité, invisible jusque-là et qui s’impose soudainement.
A la façon du spectre lumineux, la révélation possède plusieurs « longueurs d’onde » allant d’une posture qui vise l’objectivité à des élans plus mystiques. Cette caractéristique propre à la révélation traduit une curiosité de l’artiste toute scientifique, si on admet à la suite de la philosophe Isabelle Stengers que les sciences résultent d’une tension entre objectivité et croyance. Sans doute le fait que l’artiste soit née et ait grandi à Lourdes, cité des miracles et des révélations religieuses, n’y est-il pas pour rien.
Or, justement, il n’existe pas de révélation non située. Le site peut être un paysage, une pièce, une ruine, un champ, une forêt et même une casserole ou un espace virtuel. Chaque site devient espace révélé et espace révélateur. Il est à la fois tangible et intangible, car il existe physiquement et il existe en nous, image mentale. Dire que l’œuvre de Béatrice Darmagnac repose sur un échange avec le site investi apparaît dès lors comme une évidence. Cette dernière a inventé pour cela le néologisme « in-site », qui renvoie explicitement à l’artiste Robert Smithson, connu au début des années 1970 pour son travail de Land Art jouant entre l’in situ et le non site. L’expression, avec son préfixe « in », évoque le mot « intérieur » (inside), comme une partie non visible du site mais aussi comme un espace intérieur. Il renvoie également au terme anglais insight, entendu ici au sens de « vision » ou de « connaissance éclairée ». L’expression incite (« in-site ») donc à cette navigation entre espace physique, virtuel et mental. L’importance du rapport au site dans le travail de Béatrice Darmagnac et la nécessité de le révéler et d’en faire un révélateur apparaît nettement de cette façon, ainsi que la dimension écologique de sa démarche.
C’est bien à ces croisements que se situe, par ailleurs, le projet en cours de création Climate Miracle. Ce jeu collaboratif en ligne invite les joueurs à maintenir l’équilibre écologique de leur environnement. Les données produites par les joueurs nourrissent une sculpture numérique, évolutive en fonction de l’état global du jeu. Les différentes versions de cette œuvre, dont l’aspect se modifie au cours du temps, seront mises en vente par l’artiste, lorsqu’elle le souhaitera, en échange de NFT (Non Fongible Tokens). Cette monnaie numérique garantit l’authenticité et l’originalité de la version achetée en ligne de cette sculpture. L’argent, issu à la fois du jeu (car les joueurs paient pour avoir accès à certains outils) et des œuvres, servira à financer des projets et des actions écologiques sur le terrain. L’artiste souligne ainsi la façon dont l’espace numérique impacte l’univers physique, dont il dépend en matière de ressource fossile. Impossible de séparer l’univers virtuel de l’univers physique : aujourd’hui ils sont intriqués, et tout action informatique résulte d’une exploitation géologique de la Terre. À la suite de quelques artistes comme Hito Steyerl et en prolongement avec le Post-Internet, Béatrice Darmagnac opère donc des allers et venues entre monde virtuel et monde réel (processus qu’elle qualifie de « phygital » – physique et digital).
La puissance du virtuel, qui s’observe aussi bien sur Internet que dans la réalité matérielle, est une force centrale dans la démarche de Béatrice Darmagnac. Le virtuel est avant tout un potentiel, quelque chose qui peut s’activer ou non, se révéler ou non. Climate Miracle constitue le dernier volet d’une série sans titre qui a débuté avec Jeu d’absence – Paradeïsos, Cistus Sérotinie (2009) puis Hectare (2011). L’œuvre Jeu d’absence est sans cesse réactivée : l’artiste dissémine un peu partout des graines pyrophytes de cyste. Ces graines ne germineront qu’au contact du feu, de la fumée ou par l’effet d’une explosion. Elles sont là mais on ne peut pas les voir, ne demandant qu’à révéler leur présence et à transformer le feu, la destruction, en devenir végétal. De la même façon, Hectare consiste en un hectare de forêt landaise laissé en devenir pour contrer les monocultures locales. Ici, c’est un simple geste de retrait qui investit la puissance des possibles. On retrouve cela également dans le motif de la grille, qui évoque tant le modernisme. La composition graphique La Vague (2010) donne ainsi à voir une simple grille que le titre perturbe. L’image mentale suscitée par le titre s’agrippe alors à la grille et y transpose la vague. Dix ans plus tard, un ensemble sculptural (Caprices) reprend ce même motif avec le détournement de gabions agencés comme de faux reliefs ou architectures. Cette grille peut se concevoir comme des additions de pixels dans Climate Miracle, car, du réel au virtuel, il n’y a qu’un pas. C’est donc toujours dans cette tension que l’œuvre de Béatrice Darmagnac se déploie et parvient à faire révélation. Processus esthétiques avant tout, les révélations 2.0 de cette artiste génèrent des sensations qui nous aiguillent dans la connaissance d’un monde complexe.

Géoingénierie 1, 2023
Photocomposition. Propositions esthétiques du gaming.
CLIMATE MIRACLE, 2023-…,
Créer un jeu en réseau qui mette en lien le réel et le digital, où l’homme aura son libre arbitre pour contribuer à la sauvegarde du climat ou son dérèglement.
©béatricedarmagnac
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ENDA